L'addition
J’imagine que chacun (e) des lecteurs se souvient du célèbre sketch de Muriel Robin : « toi t’as pris le vin, moi j’ai pris que la salade, et le dessert on l’a partagé ». La semaine dernière, le repas a eu lieu à Wall Street et l’addition s’appelait intelligence artificielle.
Microsoft a payé sa part sans discuter, il lui restait 18 milliards en poche. Alphabet, avec 9 milliards de trous dans la caisse sur le trimestre, s’est proposé de prendre les cafés. Intel a avoué qu’il n’aurait pas de quoi régler avant 2027. Et Amazon a commandé une autre bouteille.
Et pendant que la table se disputait la note, deux banques centrales ont choisi de ne pas bouger, une présidente s’est levée pour partir, et l’Amérique préparait son vote pour mardi.
Microsoft encaisse, Alphabet décaisse
Mercredi soir, deux des trois géants du cloud, Microsoft et Alphabet ceux qu’on appelle aussi les « hyperscalers », ont publié à la même heure. Le mot désigne la poignée de groupes qui exploitent des data centers à une échelle gigantesque et mettent cette capacité à disposition du reste du monde.
Au lieu d’acheter leurs propres serveurs, les entreprises leur louent de la puissance de calcul, du stockage et des logiciels, comme on paie l’électricité.
Microsoft a investi 45 milliards dans le trimestre, soit l’équivalent de la capitalisation de la Société Générale et il lui reste 18,6 milliards de cash libre.
Azure, sa branche cloud, a bondi de 48 % sur un an permettant de dégager un bénéfice net de 33,6 milliards, signant le meilleur trimestre de son histoire.
Le titre a bondi de 4 % mercredi soir dans les échanges hors séance, avant d’être rattrapé jeudi par la chute d’Alphabet (-13%) qui a dépensé de son côté 9 milliards, plus qu’il n’a encaissé, plombé par une perte comptable de 8,7 milliards sur sa participation dans SpaceX.
L’ex Google voit également ses revenus publicitaires s’essouffler à mesure que nous utilisons des IA qui lisent à notre place les pages du moteur de recherche pour nous livrer une réponse toute faite sans faire apparaitre la promo du dernier robot aspirateur.
Les banques centrales en pause temporaire
Mercredi la Fed, jeudi la BCE : les deux banques centrales ont laissé leurs taux inchangés, alors que l’inflation remonte des deux côtés de l’Atlantique, 3,6 % aux États-Unis, 3,8 % en zone euro.
À noter que deux membres de la Réserve fédérale ont voté pour une hausse immédiate, dont Lisa Cook, que Trump avait tenté de limoger l’an dernier avant que la Cour suprême ait décidé de la maintenir. On ne choisit pas ses adversaires…
Les marchés attendent désormais une hausse en décembre, à 80 % de chaque côté de l’Atlantique.
Un évènement qui n’était pas attendu, c’est le départ anticipé de Christine Lagarde, qui a annoncé qu’elle quitterait la BCE avant la fin de son mandat, prévue en octobre 2027.
Difficile de ne pas voir dans ce changement de calendrier la volonté que son successeur soit choisi par Emmanuel Macron et Friedrich Merz, plutôt que par le prochain locataire de l’Élysée, que les sondages annoncent nettement moins européen.
Mardi, Trump passe l’oral
Mardi prochain les Américains sont appelés à renouveler la totalité de la Chambre des représentants, un tiers du Sénat et 36 gouverneurs, autrement dit le Congrès, qui vote les lois et le budget du président.
Lors de la réélection de Trump en 2024, la vague rouge avait tout emporté : la Maison Blanche, le Sénat, la Chambre.
Deux ans plus tard, le président de la paix et de la désinflation a disparu des radars, embourbé dans une guerre avec l’Iran et rattrapé par un retour de flamme de l’inflation, repartie à 3,6 %, avec un gallon d’essence qui frôle les 6 dollars.
Trump est tombé à 32 % d’opinions favorables, et les sondages donnent les démocrates nettement favoris à la Chambre, un peu moins au Sénat.
Pour les marchés, un Congrès perdu, c’est un président qui ne fait plus voter de loi, mais garde la main sur les droits de douane et la pression sur la Fed.
L’histoire démontre que Wall Street s’en accommode très bien, depuis 1950, l’année qui suit les midterms est en moyenne la meilleure du cycle. Les marchés préfèrent un président empêché à un président inspiré.
Mardi, ils pourraient obtenir le premier sans jamais avoir eu le second !
Publié le 30/10/2026 à 23:00
Bonne semaine à toutes et à tous !
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