L'IA découvre le prix de l'argent
Pendant deux ans, l’intelligence artificielle a vécu dans un monde où l’argent ne coûtait peu ou prou rien à grand chose, et nous avons assisté à des levées de fonds à répétition, des data centers financés à crédit, et des cours qui montaient quoi qu’il arrive.
Il faut bien le reconnaître, le succès des agents conversationnels est incontestable. Ils ont transformé les copies de nos enfants et enfin appris à nos parents à tenir leur téléphone dans le bon sens pendant un appel vidéo WhatsApp nous épargnant le gros plan sur le menton…
Cette semaine la tech américaine a fait face à trois forces de rappel : la première provient de son meilleur ennemi la Chine, avec l’émergence d’un fabricant de mémoire, CXMT qui a annoncé l’arrivée d’une puce mémoire plus dense pour serveurs d’ici la fin de l’année.
Cette publication a rappelé que le marché avait lui aussi de la mémoire et le fantôme de deepseek est réapparu. Souvenez-vous du 27 janvier 2025 une start-up chinoise inconnue nommée DeepSeek, publiait un modèle d’IA aussi performant que ChatGPT pour une fraction du coût, et Nvidia perdait près de 600 milliards de dollars de capitalisation en une séance soit la plus grosse perte jamais enregistrée par une entreprise en un seul jour.
La facture, côté américain, est lourde. L’indice des semi-conducteurs de Philadelphie a reculé huit séances d’affilée (du jamais-vu depuis octobre 2008) et perd 11,4 % sur la semaine, sa pire performance depuis le « Liberation Day » d’avril 2025.
Micron abandonne 10%, AMD a lâché 7 % mardi puis 6 % vendredi, Nvidia a ouvert le bal avec −5 % dès lundi.
Les vingt plus grosses valeurs de l’IA et des puces ont perdu plus de 1 000 milliards de dollars de capitalisation en quatre séances. Le Nasdaq termine à −4,5 %, sa pire semaine depuis juin, et le Nasdaq 100 à −5,5 %, du jamais-vu depuis avril 2025.
Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, au milieu de la semaine, l’inflation américaine est venue s’inviter à la table.
Mercredi, le ministère du Travail a publié l’indice des prix à la consommation de septembre : +3,7 % sur un an, contre 3,6 % attendu et 3,4 % en août. Sur un mois, +0,6 %, la plus forte hausse depuis cinq mois. Le coupable est connu : l’énergie, en hausse de plus de 20 % sur un an, l’essence ayant bondi de 9 % en septembre : victime du blocage d’un détroit que tout le monde sait dorénavant situer sur la carte du monde.
La réaction a été immédiate. Le 10 ans américain a touché 5,33 %, et la probabilité d’une nouvelle hausse de la Fed les 27 et 28 octobre est passée de 20 % à 55 % en une matinée. Pour des data centers financés à crédit, chaque dixième de point compte : c’est là que l’IA a découvert le prix de l’argent.
Puis la fièvre est retombée. Jeudi, depuis Bangkok où se tenaient les réunions du FMI, Kevin Warsh a redit son attachement à la stabilité des prix… et rien d’autre. Pas un mot sur la réunion d’octobre, pas de signal de hausse. Le marché, qui attendait un ton martial, y a lu une pause, de quoi faire retomber la probabilité d’un relèvement est retombée à 15 % et dans la foulée le 10 ans américain s’est détendu de 5,19 % à 5,06 % en une séance, aidé aussi par les capitaux qui fuyaient la tech pour se réfugier dans l’obligataire.
Bienvenue dans la nouvelle gouvernance de la Fed façon Kevin Warsh qui rompt avec son prédécesseur Jérôme Powell et la « forward guidance ».
Traduction française : c’est l’art pour une banque centrale d’annoncer à l’avance ce qu’elle compte faire de ses taux, pour que les marchés s’y préparent sans secousse.
Le nouveau président de la Fed considère que trop guider le marché enferme la Fed dans ses propres promesses. D’où le silence de Bangkok, qui n’est pas une maladresse mais une méthode.
La semaine prochaine, nous suivrons de près le verdict de Moody’s sur la note de la France, attendu vendredi 23 octobre. Les événements de ce week-end tombent plutôt mal. Pour rappel, la loi de finances 2026 a instauré une « garantie émeutes » obligatoire. Là où l’Espagne s’assure contre les tremblements de terre, le Japon contre les typhons et la Floride contre les ouragans, la singularité française aura été d’inventer l’assurance contre les émeutes… dernière facture connue suite aux violences de l’été 2023, 730 millions…
Publié le 16/10/2026 à 23:00
Source : https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/le-trade-ia-n-est-plus-de-tout-repos-ce785cdadf8cf523
Bonne semaine à toutes et à tous !
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